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Jean-Yves Tiercelin

La mécanique au service des neurosciences
 

Institut des sciences biologiques (INSB)
Institut de neurobiologie Alfred Fessard (INAF)
CNRS

« Regardez ce tiroir, son système d’ouverture est un extraordinaire mécanisme de translation. » Dans l’atelier de mécanique avec vue sur le parc du domaine de Gif-sur-Yvette, Jean-Yves Tiercelin, 57 ans, conserve précieusement des pièces dont les mécanismes pourraient lui être utiles. « Je ne fabrique pas tout mais je détourne la fonction d’objets jetés aux rebuts. » Passionné de vide-greniers, habitué des puces de la porte de Vanves et de celles de Montreuil, il préfère de loin le recyclage au gaspillage. Mais c’est surtout pour sa longue expérience sur les machines traditionnelles, sa motivation et son inventivité que Jean-Yves a été recruté au CNRS. Entré sur concours en 1996, à l’âge de 42 ans, le mécanicien d’usinage s’attache à concevoir, avec les chercheurs de l’Institut de neurobiologie Alfred-Fessard (Inaf), des appareillages scientifiques uniques et à élaborer des pièces de haute précision qui n’existent pas sur le marché.

 

« Passer du bleu de travail à une blouse blanche a été formidable. » Pour Jean-Yves, quitter le privé, « un milieu d’hommes avec des rapports humains parfois un peu rustres », lui a permis de s’épanouir dans son métier et de concrétiser enfi n son fort désir de créativité. « Pendant mes vingt-quatre années dans le privé, on me donnait des plans avec des notations précises et j’exécutais.
Maintenant, je travaille avec des neurobiologistes, sans connaissance particulière en mécanique, qui me laissent carte blanche. »

 

Voici donc le maître-mot : l’autonomie. Et les projets de grande envergure, à partir d’un simple croquis imaginé par les scientifiques, se suivent année après année. Le premier projet de Jean-Yves ? Une machine de conditionnement à mouches pour laquelle il fallait imaginer un système de chargement de drosophiles. Mais l’appareil dont il retire le plus de fierté, « celui exigeant le plus de technicité et construit à neuf », est un stimulateur multivibrissal. La plupart des réalisations sont élaborées en duo, avec Patrick Parra, également mécanicien et lauréat du Cristal.

 

Quant aux relations humaines au sein de l’INAF, Jean- Yves les compare avec celles qu’il a connues enfant et adolescent. « Mes parents étaient gens de maison dans un château du Maine-et-Loire. J’ai retrouvé ici une certaine noblesse d’esprit et des rapports humains empreints de respect et de confiance. » Et quand ils ne sont pas co-auteurs des publications scientifiques, Jean-Yves Tiercelin et Patrick Parra sont toujours largement cités dans les remerciements. Et pour cause : sans leur ingéniosité, il n’y aurait pas ces machines extraordinaires qui aujourd’hui voyagent dans des laboratoires internationaux et sont déterminantes pour les travaux des équipes de recherche.

 

Grâce aux cours du soir, Jean-Yves a su acquérir des compétences professionnelles complémentaires : « Paris est une ville d’opportunité pour un ouvrier. » Mais surtout, à la sortie de l’usine, il avait « besoin de vivre autre chose ». Paris lui a fourni un décor idéal pour assouvir sa passion pour la photographie - une activité abandonnée depuis quinze ans qu’il espère reprendre à la retraite.
Très discret sur sa vie privée, notre lauréat évoque toutefois une autre de ses passions : celle qu’il partage avec Bernadette, sa compagne, et Jean, son fils, pour le cinéma.

 

Source : collection Talents "Cristal du CNRS " - Palmarès 2010

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